jeudi 1 juin 2017

The Omega Men (1-6) : Slifer/Giffen

The Omega Men (GL #142) Joe Staton/Marv Wolfman
…. Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine …. le scénariste Marv Wolfam allait voir se concrétiser son rêve d’enfant : écrire les aventures de Superman, son héros favoris de lorsqu’il était enfant.
À cette époque lointaine, très lointaine donc, dans l’univers de l'éditeur DC Comics, les races extraterrestres était créés plus vite que les lapins ne se reproduisent sur Terre 1. Mais, revers de la médaille, il était assez difficile de pérenniser leur existence compte tenu de leur prolifération. Wolfman avait donc décidé d’inventer deux nouvelles races, plus consistantes, qu’il pensait utiliser lors de son run sur Superman : la Citadelle (qui contrôlait le système Vegan) et les Psions.
Ces deux races, tout aussi vicieuses l’une que l’autre, étaient cependant opposées dans la façon d’arriver à leur fin, qui elle était la même : la domination. 
La Citadelle était une race barbare, et les Psions une race scientifique ; une opposition fort conventionnelle, mais toujours productive.

Cependant, avant qu’il ne puisse commencer d’écrire pour son héros d’enfance, Marv Wolfman reçu le feu vert pour sa proposition concernant The New Teen Titans. Bien évidemment il utilisa sans tarder ce sur quoi il avait cogité, en faisant par exemple de la princesse Koriand’r (alias Starfire), une ressortissante de Tamaran, une planète contrôlée par la Citadelle.
Puis DC assigna au scénariste la série Green Lantern pour quelques numéros.
Et lors d’un team-up (GL #136-#137) paru en janvier et en février 1981, avec le Space Ranger, il utilisa de nouveau la Citadelle.

C’est d’ailleurs dans les numéros 141 à 143 de cette série, quelques mois plus tard, qu’apparaissent pour la première fois, sous le crayon de Joe Staton, le sujet du présent article, en lieu et place d’un important groupe, résistant à l’hégémonique Citadelle.

Ce qui explique peut-être pourquoi Tom King dans sa propre reprise du titre en 2015, sous la forme d’une maxi-série de 12 numéros [Pour en savoir +], impliqua à son tour un (White) Lantern. En l’occurrence Kyle Rayner (?!).
Encart dans le 1er numéro de The Omega Men (avril 1983)
.... Si cette équipe n’a pas encore de magazine dédié et ne ressemble pas tout à fait à celle qui en aura un, Marv Wolfman y pense pourtant déjà. 
Ainsi le nom initialement envisagé The Outcasts, est-il écarté pour le plus porteur, mais néanmoins très cryptique nom qu’on leur connaît aujourd’hui. Dès le n°141 de Green Lantern les Omega Men sont d'ailleurs dotés d'un logo qui - proximité oblige - ressemble pas mal à celui qui orne la poitrine de Green Lantern (ce dont saurons se souvenirs King & Bagenda). 

Ces trois épisodes écrits par Wolfman reçurent, grâce notamment aux Omega Men, un bon accueil et, de fil en aiguille, ceux-ci firent des apparitions remarquées dans d’autres titres de l’éditeur, avant de s’en voir finalement attribuer un. 
Marv Wolfman, trop occupé, passera la main au scénariste Roger Slifer, tout en restant toutefois editor du titre. Autrement dit un poste de superviseur, entre celui de rédacteur en chef et de directeur de collection.
Lobo apparaît en couverture dès le 3ème numéro
…. En 1983 aux U.S.A., il y a deux marchés pour les comic books : le « newsstand market » où les BD sont disponibles dans les supermarchés, les papeteries, les épiceries, les magasins de jouets et les kiosques. Et le « direct market » qui approvisionne les magasins spécialisés (comic shops), encore rares à l’époque. Je n’entrerai pas dans les détails du fonctionnement de ses deux marchés (je l’ai fait dans d’autres articles) mais sachez qu’à l’époque le « direct market » proposait certains comics avec un papier de meilleur qualité (le papier Baxter), mais plus chers (1,25 $ contre 75 cents, fin 1983), et pour certains, dont The Omega Men, sans le sceau de la Comics Code Authority.
D’autre part, certains titres étaient exclusifs au « direct market » dont ceux – bien évidemment - qui n’avaient pas le fameux sceau de la CCA et qui échappaient donc à l'organe de régulation (d'auto-censure) de l'industrie de la BD américaine.

« Je n’ai aucune inclination pour les équipes » Roger Slifer

…. Contacté par DC pour écrire la série régulière, Roger Slifer convainc Keith Giffen de s’occuper des dessins (il sera crédité sur les 2 premiers numéros du titre de « storyteller » tout comme Slifer), en lui offrant l’opportunité, dira-t-il, connaissant son imagination fertile, de dessiner une multitude d’extraterrestres.

À cette époque Giffen travaille beaucoup.
Il est notamment sur le deuxième titre le plus vendeur de l’éditeur, The Legion of Super-Heroes (LoSH), qu’il coécrit avec Paul Levitz (selon sa propre méthode qui tient plus du storyboard [Pour en savoir +] que du tapuscrit), tout en le dessinant.
Il est également en train de réaliser un poster de cette même équipe (100 X 37 cm) avec pas moins de 275 personnages différents qui y apparaissent !!!
À quoi s’ajoutent, au fil de l’année, d’autres projets. Bref ce rythme aura raison de sa productivité ; au bout de six numéros il laisse Tod Smith prendre sa place sur le titre dont il est question aujourd’hui.
…. Le pitch de la série est assez simple : des résistants - les Omega Men en question - s’opposent à un empire dictatorial. En leur sein, un groupe plus restreint d’individus sera l’objet de l’attention particulière de l’équipe créative, et leurs aventures serviront de fil conducteur à la série. 
Cependant Slifer & Giffen ne se priveront pas de piocher dans ce vivier et utiliseront d'autres personnages que les principaux pour faire avancer leur scénario, et lui donner de l'ampleur.

Si l’éditeur français Artima, qui a publié une bonne partie de la série ne semble pas avoir (trop) retouché les planches, il a en revanche, comme sur la mini-série Légionnaires 3, escamoté une page des numéros 2, 4 et 6 américains. 
Publiés deux par deux en France, le second épisode de chaque numéro était amputé de sa première page. 
Peut-être dans un souci de redondance, puisque cette planche (une pleine page) servait de récapitulatif du numéro précédent et indiquait les crédits. Cela étant le procédé est pour le moins cavalier, surtout que Giffen, Mike de Carlo l’encreur, John Costanza le lettreur et Petra Goldberg la coloriste n’assuraient pas qu’un service minimum.
L'une des pages manquantes (TOM #2)
…. Dès le départ Slifer & Giffen impriment à la série une violence explicite, des tensions au cœur même des Omega Men, et des situations très cornéliennes. Le tout soutenu par une narration multipiste, ce qui fait qu’on n’a guère le temps de s’ennuyer, immédiatement happé que l’on est, par une entrée en matière très in medias res.

Après un premier épisode très pyrotechnique, le suivant s’attarde sur Groot (qui apparaît sur la couverture de The Omega Men #2 voir supra)
Sorte de paria rejeté par un peuple très rigoriste & religieux, il apprend que sa conduite est à l’origine d’un schisme. Il est depuis, considéré comme une sorte de messie, par les plus jeunes de son peuple.
Le troisième numéro verra apparaître un personnage - Lobo - dont je n’aurais surement pas deviné le destin à partir de cette première aventure.

Entre violence assumée & gratuite, et scènes de torture The Omega Men entre de plein pied sur le territoire du « grim and gritty », la tendance sombre & violente qui allait déferler sur la BD U.S. dans les années 1990 (et s'y maintenir durablement). Toutefois la série s'en démarque dans la mesure où la violence et la sexualisation, par exemple, servent un propos qui dépasse l'aspect désinhibé et racoleur qui va - majoritairement - caractériser les nineties.

Série estampillé S-F, le genre est parfois utilisé d’une façon un peu trop providentiel. C’est d’autant plus dommage que dans l’ensemble, les « lois » qui régissent le space opera (ainsi que le vocabulaire qui va avec), apporte cette sensation de cognitive estrangement revigorante qu’on attend justement de la science-fiction.

En assez peu de numéro (trois), le constat n'est pourtant pas en faveur du tire. Entre ego surdimensionnés, phallocratie évidente, manipulations diverses et coups fourrés, The Omega Men m’apparaît surtout comme assez sinistre et anxiogène.

Toutefois Roger Slifer avait un plan, il suffisait d'avoir confiance.


« La meilleure défense c’est l’attaque ! »
Quelques problèmes de traduction
Keith Giffen de son côté, tente quelques découpages très audacieux, et surtout très efficaces.
The Omega Men est une bande dessinée dense, Slifer a des choses à dire et il ne s’en prive pas. 
L’heure n’est (encore) aux scénarios elliptiques ; et aussi avant-gardiste en termes de « grim & gritty » que peuvent être ces 6 premiers numéros, du côté de la narration en prose, tout est fait pour que le lecteur ne se sente pas perdu. Quitte à en rajouter.
Heureusement le storytelling de Giffen fluidifie tout ça avec élégance, et je dois dire une certaine poésie.
Il est à noter que la colorisation aide aussi à fluidifier l’abondance du texte en colorisant de couleurs différentes les cartouches de récitatifs (en bleu, jaune, vert, etc.), ce qui prévient également une certaine monotonie.

Je n’ai pas comparé « bulle à bulle » la traduction, mais si certaines fois j’ai été surpris par le savoir-faire du traducteur (qui n’est pas crédité) notamment en réduisant assez astucieusement le foisonnement naturel lors du passage de l’américain au français. D’autres fois, manifestement, il avait perdu le fil et le résultat est une inversion totale du sens (voir ci-dessus le dialogue entre Tigorr & Auron),d’ailleurs perceptible même sans avoir le texte original sous les yeux.
Une colorisation pas toujours respectée chez Artima
…. Si les six premiers numéros de la série The Omega Men peuvent sembler datés ; notamment à cause de l’abondance du texte, d’un découpage qui ne se contente pas de trois ou quatre cases par planches comme c'est (trop) souvent le cas aujourd'hui, et d’une colorisation qui tire profit de la qualité du papier – autrement dit exubérante - la finesse de son propos et le savoir-faire de Slifer & Giffen, en font un arc bien plus subtil que ne pouvaient me le laisser penser les 2 ou 3 premiers numéros.

Tout en restant dans le domaine du divertissement, et sans se passer totalement de quelques « ficelles » scénaristiques un peu épaisses, ils réussissent à éviter le simplisme que tend (structurellement) à produire la culture de masse.

Une série qui devrait contenter les curieux qui s'y frotteront.
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• Quiconque aura lu les douze numéros écrits pas Tom King et dessinés par Barnaby Bagenda ne manquera pas de constater quelques points communes (dont je pense qu'ils sont aussi des hommages) avec les six premiers parus en 1983 : la religion, la violence, une planète protégée par un champ de force (Euphorix).
Sans oublier la présence d’un Lantern, hommage là aussi, mais en direction de Wolfman & Staton.
Des éléments que King saura habillement faire fructifier.

1 commentaire:

  1. Merci pour cette présentation soigneusement contextualisée car je n'ai pas eu l'occasion de lire ces épisodes, et j'aime également beaucoup Keith Giffen, à qui j'avais consacré plusieurs posts sur le fil facebook de Bruce Lit.

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