lundi 21 mai 2018

Be Pure! Be Vigilant! Behave! [Pat Mills]

.... Sous-titrés « l'histoire secrète de 2000AD et du Judge Dredd », l'autobiographie de Pat Mills, la vie du prolifique scénariste est si étroitement liée à l'hebdomadaire anglais et à son personnage le plus célèbre, que l'on peut utiliser cette catégorie pour qualifier cet ouvrage, sans en trahir le contenu ; cette histoire secrète donc, est une formidable lecture.
Alors même que j'avais de mon côté, et avant la sortie de l'ouvrage en question, fait des recherches pour un articles sur le megazine et le Judge [Pour en savoir +] et un autre sur son important prédécesseur, Action [Pour en savoir +], le récit de Pat Mills est une source d'information précieuse, et pour la plupart, inédite.

S'il montre ce qui se déroule, par la force des choses, en coulisses, pointant du doigt les agissements de tel ou tel individu, Be Pure! Be Vigilant! Behave! est surtout l'occasion pour Mills de mettre en avant des hommes qui ont œuvré pour que les histoires de 2000AD soient les meilleures possibles, sans que forcément on connaisse leur nom. Et de ceux avec qui il a travaillé durant sa longue carrière (la raison pour laquelle Tony Skinner.-son collaborateur & ami- a été évincé des sommaires de l'hebdomadaire est tout simplement incroyable).
Il y parle bien entendu propriété artistique, des super-héros (qu'il n'aime pas), de Marvel (lors d'une réunion avec Stan Lee et Peter David, notamment), de comment il conçoit son propre travail de scénariste, bref de beaucoup de sujet qui vont bien plus loin que l'histoire de 2000AD et du Judge Dredd. Même si on en est jamais bien éloigné.

.... Un livre indispensable pour qui s'intéresse à la bande dessinée (à condition de lire l'anglais) ; d'autant qu'il est disponible en version numérique pour un prix dérisoire. 
Un ouvrage qu'on peut lire et relire au fur et à mesure que l'on découvre toute la richesse de la bédé anglaise, et la carrière de Pat Mills. Ce dernier point, que ne manque pas de donner envie de découvrir ledit ouvrage ; si ce n'est déjà fait.  
Pour faire bonne mesure, le site de Pat Mills : Millsverse, The World of Pat Mills.

mercredi 9 mai 2018

Avant que nous disparaissions [Kiyoshi Kurosawa]


    Changement de braquet pour Kiyoshi Kurosawa après Creepy [pour en savoir+] puisque son nouveau long-métrage Avant que nous disparaissions se pare des atours d’un film d’invasion qui interroge le Japon sur ses travers sociétaux. Adaptation d’une pièce de théâtre de Tomohiro Maekawa, l’intrigue part d’une idée originale où trois extraterrestres prennent possession de corps humains en vue de l’invasion imminente de la Terre ; ces éclaireurs ayant pour fonction de collecter des « concepts » aux humains – qu’il s’agisse du sens de la famille ou de la notion de soi par rapport aux autres par exemple - afin d’en appréhender le fonctionnement en tant que civilisation. 


Cet étrange film d’invasion, mâtiné de body snatcher aux accents délicieusement absurdes, s’avère autant une dissection anthropologique des interactions communautaires régissant la société japonaise – la famille, la propriété, le travail ainsi que le couple – que des dérives occasionnées par cet environnement exacerbé comme le harcèlement, le cloisonnement et la détresse affective. Cet opus s’avère en outre un petit précis de mise en scène dont Kiyoshi Kurosawa a le secret entre cadrages alertes pour la composition des plans, sur-cadrages millimétrés des personnages en fonction de l’importance que ceux-ci revêtent et effets de dissonance inattendus comme cette ouverture sanglante semi-burlesque sur une illustration musicale entraînante. Nanti d’un budget un peu plus fourni que de coutume, Kurosawa peut également donner libre court à ses envies d’action sur le tournage dont une impressionnante course poursuite ponctuée d’explosions, où un plan séquence ample calibré pour exploiter les effets spéciaux en post-production donne la mesure de la confrontation imminente avec le péril alien.


Ryûhei Matsuda, acteur au faciès atypique, s’avère l’interprète idéal pour véhiculer l’étrangeté nécessaire aux différents aspects de ce film, couplant brillamment la romance naissante au sein d’un couple fracturé à un récit de fin du monde. Le reste du casting impeccable donne le liant nécessaire pour que cohabitent les ruptures de ton qui émaillent tout du long, à l’instar de Yuri Tsunematsu qui est aussi à l’aise dans les tueries froides que dans les échanges de dialogues cocasses. La conclusion apocalyptique renvoie dans les effets déployés aux séquences stupéfiantes de précédents opus du réalisateur comme Charisma ou Kaïro. Excepté que cette fois-ci, l'optimisme de Kurosawa semble prendre le dessus puisque la fin fonctionne comme un négatif à l’issue nihiliste de Kaïro, résonnant de la charge émotionnelle déchirante du couple formé par Ryûhei Matsuda et Masami Nagasawa.

A noter que la pièce de Tomohiro Maekawa revêt une importance particulière pour le réalisateur puisque nous pourrons également découvrir dans les salles au mois de juillet son prochain film Invasion, soit un montage cinéma de la série télévisée Yochô: Sanpo suru Shinryakusha (un traitement similaire à celui opéré pour la diffusion de Shokuzai hors de l'archipel nippon). Cette série constitue une autre adaptation pour le petit écran de cette histoire d’invasion, avec un casting renouvelé dans ce qui pourrait être une variation sensiblement différente du traitement d’Avant que nous disparaissions.

dimanche 6 mai 2018

La Fantastique Famille Telemachus [Daryl Gregory]

.... À l'image de la couverture ci-contre, le roman de Daryl Gregory, commercialisé aux éditions JC Lattès*cette année, n'est pas ce que pourrait laisser croire sa jeune carrière.
La Fantastique Famille Telemachus, qui d'après ce que j'avais entendu dire, devait être publié sous un pseudonyme, traite l'imaginaire d'un manière un peu différente que ce à quoi il nous avait habitué jusqu'à maintenant.
S'il est toujours le carburant indispensable à une histoire de qualité, cet imaginaire occupe ici pourtant l'arrière-plan de l'intrigue, laquelle se concentre sur un tout autre type de récit.Dont je crois qu'il vaut mieux en savoir le moins possible, un peu comme dans un tour de prestidigitation.
Construit en majeure partie sur des dialogues, Daryl Gregory n'en oublie pas pour autant d'inventer une belle galerie de personnages pour son roman, dont bien entendu la famille en question. Et de raviver l'un des aspects les plus délirants de la « Guerre froide », avec brio & espièglerie.

.... C'est enlevé, dialogué avec un beau sens du rythme (au travers de la traduction de Laurent Philibert-Caillat), et la distribution vaut très largement qu'on en fasse la connaissance. Si La Fantastique Famille Telemachus tient plus du screwball novel (si je puis dire) que du répertoire habituel de Daryl Gregrory, ce roman n'en obtient pourtant pas moins qu'une notre triple A de mon système de notation. Et j'ajouterai qu'il le mérite.     
__________________
* Le Bélial', éditeur hexagonal « historique » de Daryl Gregory, reprendra dès cette année la main en publiant Harrison au carré, un roman qui se situe dans le même univers que Nous allons tous très bien, merci [Pour en savoir +]. Un bon moment de lecture en perspective !

mercredi 2 mai 2018

[Vous êtes] Sláine dans le cadavre du dragon

.... Aujourd'hui sort le 1er numéro d'une série qu'on annonce hebdomadaire, et interactive, consacrée au personnage Marvel bien connu de Deadpool™.

Intitulée fort à propos « You are Deapool », cette série nous propose d'incarner le mercenaire prolixe dans une bande dessinée dont le lecteur en est le héros. Un scénario de livre-jeu donc, écrit par Al Ewing, un nom qui suffit généralement à m'intéresser à ce qu'il signe, et dessiné par Salva Espin, que je ne connais pas.

De mon côté, surfant sur cette sortie, je vous propose un voyage dans le temps dont la destination est janvier 1987. Ce mois-là le magazine Chroniques d'Outre Monde publiait dans son quatrième numéro une bédé dont vous pouviez être le héros. Forcément, c'est le sujet de mon entrée du jour sur le blog.

Or donc il s'agissait d'y incarner Sláine, personnage certes moins connu que Deadpool, mais qui le mériterait pourtant, inventé par Pal Mills, figure légendaire de la BD d'outre-Manche & par Angela Kindcaid Dont Pal Mills, avec qui elle était alors mariée, a reconnu que son apport dépassait, et de loin, l'illustration de son scénario.
J'espère bientôt revenir sur Sláine, mais pour l'instant je vous propose donc cette aventure, où il est possible d'incarner le celte le plus connu de l'hebdomadaire 2000AD.







   







Pour ceux qui voudraient en savoir plus, j'avais il y a quelques temps déjà, proposé une bédé dont vous êtes les héros, basée cette fois-là, sur le Judge Dredd, éminent représentant des force de l'ordre de Mega-City One
J'y détaillais alors son histoire éditoriale, laquelle est le même que pour celle-ci ; alors si le cœur vous en dit [d'en savoir +] suivez le lien hypertexte. 

dimanche 29 avril 2018

The Dead Hand [Higgins/Mooney] Glénat

.... Peu de chose n'ont pas été dites sur la « guerre froide ».

Guerre à bas bruit dans un monde bipolaire, sauf pour ses points d’incandescence, essentiellement dans ce qu'on appelait en ce temps-là les « colonies », voire au travers du terrorisme d'extrême-gauche en Europe, la guerre froide a, plus d'une fois, failli se réchauffer dangereusement, et nous être fatale.
La « Dead Hand » du titre, en est l'extrême aboutissement, dans ce que ce conflit a eu de plus absurde. Un projet heureusement resté à ce stade.
Et c'est là qu'intervient Kyle Higgins. 

Vous l'avez d'ores et déjà compris, ce n'est pas sur le terrain des idées originales que le scénariste joue, mais sur celui d'un agencement et d'un choix d'idées plus ou moins connues et exploitées. Et d'un découpage de son histoire. Quand bien même le dispositif qui donne son nom au premier tome de cet album, fruit de la collaboration entre une équipe venue d'outre-Atlantique et d'un éditeur hexagonal, est-il resté assez confidentiel.
En effet, la maison d'édition Glénat est allée recruter Kyle Higgins, Stephen Mooney et Jordie Bellaire pour la réalisation des un peu plus de 50 planches de The Dead Hand. Une dream team dont les membres sont bien connus des lecteurs de bande dessiné américaine, et qui se frottent pour la première fois au format dit « franco-belge ». Une expérience dont ils parlent sur le site d'ailleurs de l'éditeur [Pour en savoir +]
 .... Et force m'est de constater que ça marche très très bien. Si parfois le dessinateur Stephen Mooney livre des planches un poil approximative, et que certains de ses visages manquent de finition et d'expression, l'ambiance et surtout l'art, tout en prestidigitation, dont fait preuve le scénariste comble autant les manques de son artiste de confrère, que mes propres attentes.  

Un premier tome tout en promesses et en tension (disponible pour la somme de 14,95 €), qui me fait espérer fébrilement que la suite ne se fasse pas trop attendre. 
Image Comics ne s'y est d'ailleurs pas trompé, l'éditeur étasunien a en effet proposé en avril 2018, la première partie de l'album français (qui en compte deux, plus une galerie d’illustrations en N&b) sur le marché américain, mais sans le lettrage de Maximilien Chailleux, ni la relecture de Fred Urek. 
Toutefois, au vu des planches parues aux U.S.A, en tout point identiques aux nôtres, on est en droit de croire que les conseils artistiques de Jean-David Morvan, dont il est crédité pour l'édition française, y sont encore.     


(À suivre ....)
_______________
Un bref avant-goût de l'album :



samedi 28 avril 2018

Tueurs [François Troukens/Jean-François Hensgens]

« Si quelqu’un peut me vendre une idée de film en moins de 25 mots, ça peut faire un sacré bon film », François Troukens et Jean-François Hensgens ont pris Steven Spielberg au mot, et Tueurs en est le résultat.

.... Intrigue minimaliste, hors le hight-concept qui lui donne sa belle dynamique, et de ce côté-ci il n'y a rien à dire, Tueurs est un actionner sur-vitaminé dont le scénario confine à la ligne droite. Si l'illusion est parfaite durant son spectacle, après les 1h30 de sa durée le contrecoup ne joue pas sa faveur. Si les acteurs (Olivier Gourmet, Olivier Bonjour et Bouli Lanner pour ne citer qu'eux) sont eux aussi impeccable, les personnages ne surprennent pas plus que le scénario.

Tueurs est un film usiné à l'adrénaline, sombre, sec, nerveux, mais il laissera moins de trace qu'un bon coup de trique.

jeudi 26 avril 2018

Exiles #1 & 2 [Saladin Ahmed/Javier Rodriguez]

.... De manière assez amusante, dans un entretien que j'ai lu du scénariste Saladin Ahmed, où il donne un avant-goût de la nouvelle série qu'il écrit pour la maison d'édition Marvel, celui-ci (malgré son expérience de romancier) explique en substance que, jeune auteur de la Maison des Idées (la maxi-série Black Bolt) il découvre que d'une part, les différentes histoires sont planifiées des mois à l'avance, qu'elles dépendent les unes des autres (principe de continuité), et qu'elles sont influencées par les autres médias ; autrement dit les blockbusters bien connus qui cartonnent au cinéma.
Et que se retrouver sur une série comme Exile, qui racontent les aventures d'une équipe de personnages venus d'univers alternatifs, devant réparer ce même multivers, lui donne plus de liberté. Dont acte !
Exile/2002/Panini : Winick & Mckone
Seulement voilà, dans cette même interview, il fait clairement référence à la Sarah Connor de Terminator en décrivant l'un des équipières de Blink, et s'inspire de la prestation de Tessa Thompson dans Thor, pour sa propre Valkyrie. Je n'insisterai pas en mentionnant la référence à Code Quantum, qui est faite dans ladite discussion, elle était déjà là dans la première version de la série publiée dès 2001 par Marvel. En définitive, plutôt que d'être aux ordres de la planification cinématographique, il retourne la situation en sa faveur, et pioche dans ce qui l'intéresse. Pour un nouveau venu, Saladin Ahmed montre un esprit déjà bien retors ; plutôt de bonne augure pour la suite.

.... Or donc, comme précisé supra, Blink se retrouve de nouveau aux commandes des Exiles, comme dans l'équipe originale* de Judd Winick & Mike McKone ; cette fois-ci elle est mandatée par un nouveau superviseur (personnage que j'ai plaisir à revoir soit dit en passant), et le premier épisode lui assigne de nouveaux équipiers et nous révèle dans un cliffhanger final, l'origine de la menace. Un numéro qui va vite, joliment écrit. Javier Rodriguez y montre également toute l'étendu de son talent artistique (vu notamment sur un spin-off de la série Dr. Strange si je ne m'abuse), lequel ne sera pas pour rien dans mon envie de continuer ou pas cette nouvelle série, bref c'est très prometteur. Et roboratif.

Exile #2 : L'aventure continue, sans faiblir.
Le recrutement se poursuit, et les deux compères aux manettes font feu de tout bois pour accrocher leur(s) lecteur(s). Si la menace se précise, ce deuxième numéro se clôt sur une explosion diégétique, laquelle transforme ce singulier scénario en une approche beaucoup plus modulaire. Les planètes sont toujours alignées (contrairement à ce qui se passe dans la série ceci dit), pour que l'excellence soit au rendez-vous des prochains épisodes.

.... Véritable catalogue de ce qui nous attend (du moins est-on en droit de le supposer), ces deux premiers numéros d'Exiles ont tout pour plaire aux amateurs de distractions de qualité, à condition de ne pas s'attendre à jouer dans la catégorie « art & essai ».

(À suivre .....
__________________________
* Exile première du nom, si elle a été écrite par Winick et dessinée par McKone est aussi, dit-on, une création que l'on peut porter au crédit de deux editors de la Marvel d'alors : Mike Marts (en résidence chez AfterShock Comics depuis 2015), et Mike Raicht par ailleurs scénariste de Wild Blue Yonder [Pour en savoir +] et de L'Étoffe des Légendes