mardi 20 juin 2017

Ghosted (J. Williamson/D. Gianfelice/G. Sudzuka)

Ce n’est pas entre la poire et le fromage, mais entre le hasard et la curiosité, que j’ai découvert la série écrite par Joshua Willimason : GHOSTED. 

Quand l’occasion fait le larron, que fait le larron ? 

…. Un recueil disponible à la médiathèque, Esprit au piège, publié par Delcourt, et la curiosité ont fait le reste.
Commencer par le deuxième tome n’est pas forcément la meilleure chose à faire, mais contre toute attente, je l’ai lu d’un trait et je me suis procuré le premier toutes affaires cessantes. 
En version originale. 

Non pas que j’ai quelque chose à redire à la traduction de Hélène Remaud-Dauniol, pas du tout, mais l’un de mes miens amis l’avait dans sa propre bibliothèque. Surtout que si je me fie au titre français du second opus, qu’on lui doit peut-être sûrement, la traductrice montre un sens de la formule plutôt réjouissant. 

Indice intéressant, lire le second arc narratif avant le premier, et en tirer entière satisfaction, donne déjà une idée du savoir-faire du scénariste. Sa côte monte encore lorsque le premier tome reste captivant.
Davide Gianfelice & Miroslav Mrva
…. Or donc, mini-série ayant connu une poussée de croissance sous l’influence de bonnes ventes GHOSTED (publiée chez l’éditeur Image Comics aux U.S.A), mixe le récit de « casse » à celui d’histoires de fantômes. Rien de forcément original, mais encore fallait-il y penser. 

Cela dit, la grande force des 10 numéros que je viens de lire tient surtout aux capacités de dialoguiste de Joshua Williamson et à son sens du rythme. 
Deux talents que les dessinateurs Davide Gianfelice (dans le tome II) et Goran Sudzuka (dans le tome I) renforcent du leur. 
J’ai par ailleurs beaucoup aimé l’encrage « charbonneux » de Sudzuka. 

Miroslav Mrva, qui s’occupe des couleurs sur les deux tomes, apporte un plus indéniable à un storytelling dont la réussite passe aussi par l’ambiance. Certaines cases, voire certaines planches, n’auraient sûrement pas l’impact qu’elles ont sans lui.
Goran Sudzuka & Miroslav Mrva
Autre aptitude à mettre au bénéfice du scénariste, l’aisance avec laquelle – tout en restant dans le même registre - il oublie de se répéter d'un tome à l'autre. 

Williamson a des idées, et cela se voit. 

Il a en outre un atout de taille dans sa manche, en tant qu’il sait déjà comment se termineront les aventures de son personnage principal Jackson T. Winters. Ce qui suppose que le cas échéant, il pourra se rabattre sur la bande d’arrêt d’urgence sans trop de casse (sic)

…. J’avais déjà pu constater toute l’habileté de Joshua Williamson sur un arc de la série Illuminati [Pour en savoir +] de Marvel (via Panini), lequel prenait place dans l’event Standoff que j’étais alors en train de lire. 
Il avait réussi à donner à son segment un ton très original, avec déjà des personnages très incarnés, ce qui est aussi – paradoxalement – le cas avec GHOSTED (qui pourrait se traduire par « hanté »), qui ne laissaient pas indifférents. 

Tout comme cette série qui m’a, pour le coup, rendu très enthousiaste. 


 (À suivre …..)

dimanche 18 juin 2017

Marshal Bass (Darko Macan/Igor Kordey) Delcourt

…. Digne cousin germain de Lobo, le premier héros Africain-Américain ayant eu un comic book attitré (chez l'éditeur Dell Comics) jamais répertorié (à ma connaissance) aux U.S.A., et de Jemal David (alias Otis Young) dont le souvenir a traversé les ans (il était la covedette de la série télévisée intitulée « Les Bannis ») ; River Bass, fruit du clavier de l’épatant scénariste Darko Macan et des crayons du talentueux Igor Kordey, s’installe chez Delcourt pour au moins deux albums. 
Une équipe qui a déjà travaillé ensemble et des deux côtés de l'Atlantique: sur Soldier X [Pour en savoir +] et sur Nous les morts [Pour en savoir +].
Couleurs de Desko
Igor Kordey livre une prestation que son talent tendrait presque à rendre anodine tant il est constant. C’est un dessinateur rapide, au trait évocateur & ruptile*, qu’on n’oublie pas. 
Rien à redire de ce côté-ci de la création : les personnages ont des trognes, sa sent la sueur et la poussière comme si on y était, et le storytelling est en Cinémascope™. 

Non, si le bât blesse c'est du côté de Darko Macan, scénariste inspiré s’il en est (et parmi mes favoris), qui livre avec ce premier tome un récit très superficiel. 
Le potentiel évident de son scénario n’est presque pas exploité, pas plus que son personnage, qui soit-dit en passant s’inspire d’un individu dont la vie a été historiquement attestée. Tout un pan du scénario me semble d'ailleurs absent de l'album (14,95 €). 

Et pourtant ça commençait bien.
Traduction & lettrage : Fanny Thuilliez
.... Cela dit, si j’ai la dent un peu dure avec Darko Macan, je vois bien que nombre de ses pairs s’enorgueilliraient sûrement d’avoir pondu une telle histoire. Mais venant de lui, je ne peux m’empêcher d’être un peu déçu. 

Reste que je serais du prochain tome à paraître en novembre 2017, dont voici la couverture :
_____________ 
* Ruptile : terme de botanique qui signifie expansion d'un organisme qui explose sous la pression de sa propre énergie.

Wild Children/Aleš Kot/Riley Rossmo/Gregory Wright

"Wild" n'est pas seulement l'équivalent de "sauvage", c'est aussi le participe passé du verbe "to will" (vouloir)

« Ecrire, car c'est toujours récrire » J-L G.

Marcel Duchamp à plus d'un titre
…. Il semble s’agir ici pour le scénariste Aleš Kot de puiser dans l’inépuisable courant postmoderne, celui où la culture est devenue un immense réservoir où piocher. 
Wild Children n’invente donc pas un nouvel alphabet, mais plus sûrement de nouvelles combinaisons de mots anciens. 

Ce graphic novel (i.e. album dont l’histoire paraît en une seule fois, par opposition à la compilation de périodiques) paru en 2012, l’un des tout premiers sinon le premier de ses scénarios publiés, brasse nombre de références implicites ou explicites [Hakim Bey, Marcel Duchamp, Grant Morrison, Warren Ellis, Marshal McLuhan, Jacques Derrida et son concept d’hantologie (qui fait particulièrement sens ici), etc.] dans un environnement particulièrement anxiogène : une prise d’otages dans un lycée.
"Si je les avais en face de moi, j'écouterais ce qu'ils ont à dire, ce que personne n'a fait" Marilyn Manson
Après avoir tourné la dernière page de cet album de 56 planches, et l’avoir relu (plusieurs fois, par plaisir et pour écrire ce commentaire) je suis bien incapable d’en dégager le(s) message(s), hormis que la résolution des questions qu’il pose, ne passe pas, à l’évidence, par la case héroïsme.
Rossmo & Wright ne sont pas pour rien dans l'attrait auquel invite Wild Children
…. Manière d’aggiornamento revendiqué, extrait d'une conversation avec ses aînés,Wild Children, premier chapitre d’une trilogie (dite du suicide) selon Kot, dessine plus un dispositif - décapé au teen spirit - qui s’exprime par la soudure, qu’il ne propose un détournement d’attention.

Si vous avez aimé Shoot de Warren Ellis & Phil Jimenez, Kill your boyfriend de Grant Morrison & Philip Bond, et si vous aimez Aleš Kot.  

Mutopia X (Marvel Comics)

Couverture d'Andy Park
…. À part les deux premiers numéros (pour l’instant) de la série Second Sight publiée par l’éditeur Aftershock, et savoir qu'il avait inventé le Batman français - adepte du Parkour - Nightrunner, je crois bien que je ne savais pas grand-chose  David Hine au moment où j'ai lu le tpb Mutopia X

Dernièrement, c'est là que je voulais en venir, je suis donc tombé par hasard, sur ledit trade parperback (ou recueil) intitulé Mutopia X, et je me suis laissé tenter (sans vraiment savoir pourquoi d’ailleurs).
La curiosité s'est joliment transformée en excellente surprise grâce (surtout) au scénariste.

À partir d’un concept de départ (celui de House of M) que je connaissais moins que vaguement – mais qui de toute façon est résumé dans le paratexte de cette compilation de cinq numéros – David Hine a écrit un scénario qui vaut le détour pour tous les fans des X-Men & associés, et me suis-je laissé dire, pour tout ceux dont l'un des buts en ouvrant une BD est de passer un bon moment.
Mutopia X est un récit du point de vue d'un flic ordinaire, qui je crois, peut se lire indépendamment de toute autre série cornaquée par l’event House of M (puis Decimation si j’ai bien compris a posteriori). 
Hine prend soin de bien circonscrire et son théâtre d’opération : le quartier connu précédemment sous le nom de District X devenu Mutopia X, et sa distribution : des seconds couteaux ou des personnages n’ayant aucune influence sur l’univers Marvel
Peut-être même en a-t-il inventé la plupart. 

Reste le X-Man Bishop, qui n’est pas vraiment un second couteau, mais dont l’utilisation qu’en fait le scénariste reste déconnectée (ai-je cru comprendre) de toute influence majeure sur le reste de l’événement en question. 

Toutefois, 5 numéros c’est un peu court, d'autant qu' il y avait largement de quoi rallonger un peu cette mini-série avec toutes les (bonnes) idées que David Hine propose ; mais force reste à l'éditorial (sûrement).
Côté dessin, rien à dire sinon que Lan Medina & Alejandro « boy » Sicat assurent au moins le minimum syndical. 
Ce qui n’est déjà pas si mal. 

…. En tout cas ces cinq numéros (et l’impression que m’ont laissé les deux numéros de Second Sight) m’ont donné envie de m’intéresser de plus près au travail de David Hine, dont son District X (14 numéros) - qui m’était passé sous le radar - qui m’a l’air d’autant plus intéressant qu’il utilisait déjà le même théâtre d'opération, à savoir le bien nommé District X (forcément), et quelques uns des principaux rôles de vus dans la présente mini-série.
Ainsi que son diptyque sur la famille royale des Inhumains, dont on m'a dit le plus grand bien  

(À suivre ......)

jeudi 15 juin 2017

Le Regard (Ken Liu) Le Bélial'

Aurélien Police
…. L’art de raconter une histoire s’apparente souvent à celui de la prestidigitation, surtout dans le cadre d’un whodunit (kilafé), histoire policière où il y a lieu de capturer un assassin dont l'identité est inconnue.
L’une des règles non écrites de ce type de récit, est de donner suffisamment de fil à retordre à l’enquêteur pour que les lecteurs oublient que l’auteur (et par la force des choses, le détective) a toutes les cartes en main depuis le début.
Ce qui, corollaire intéressant, est aussi un bon moyen de les captiver en multipliant les fausses pistes, les rebondissements, et en inventant un modus operandi inédit (liste non exhaustive).

Ken Liu, bien que sa novella utilise une technologie qui le range (ainsi que la collection dans laquelle elle est publiée) ipso facto du côté de la science-fiction, a écrit avec Le Regard (traduction de Pierre-Paul Durastanti), un whodunit de la plus belle eau.

…. Plusieurs auteur-e-s se sont affranchi(e)s - avec brio - des règles, implicites ou explicites du genre.
L’un des exemples les plus retentissants, et qui a en son temps fait couler beaucoup d’encre, est certainement Le Meurtre de Roger Ackroyd, roman écrit par la talentueuse Agatha Christie.
Mais je crois que personne n’a écrit- dans le domaine qui nous occupe - quelques chose d’aussi radical que Ken Liu.
Un romancier dont la quatrième de couverture déclare via une citation d'Elizabeh Bear qu’il est un génie.

Une appréciation très élogieuse, que je ne suis pas loin de partager.

…. Mais que je n’utiliserai pas au sujet de la dernière parution de la collection « Une Heure Lumière » des éditions Le Bélial’ (au prix de 8,90 €).

Cela dit, je suis sûrement passé à côté du sujet tant la platitude, l’absence de rebondissements, voire d’intrigue de l’histoire me paraît trop flagrants pour ne pas cacher quelque chose.

Mais quoi ?

Même son héroïne, une version 2.0 de Super Jaimie, et dont Ken Liu ne fait pas grand-chose, a bien du mal à exister dans cette novella où tout semble aller de soi.
Dire que la fin est téléphonée, est très en-dessous de ce que j'ai ressenti aprés avoir tourné la 93ème page de l'ouvrage.

Reste une hypothèse, Ken Liu a lui-même testé l’amélioration ( ?) technologique autour de laquelle tourne Le Regard. [-_ô]

…. Une histoire par laquelle je déconseille fortement quiconque de commencer s’il a envie de découvrir cet auteur. Le Regard, tel celui de Méduse la gorgone, risque de le pétrifier pour longtemps toujours dans son élan.

Dead Drop (Aleš Kot & Adam Gorham) Valiant

…. Mini-série de quatre numéros écrite pour l’éditeur Valiant, Dead Drop, que l’on peut traduire pas « boîte aux lettres mortes », autrement dit un emplacement où les espions laissent des messages, est un team-up sous la forme d'une course-poursuite après un « McGuffin » qui dévoile sa nature de prétexte très rapidement. 

En effet, il s’agit avant tout d’une histoire sans autre enjeux que de proposer un bon moment de lecture, laquelle n’oublie pas d’utiliser quelques unes des (intéressantes) fixettes du scénariste, et d’être complément autonome dans l’univers Valiant
Oui, la vie est souvent plus compliquée qu'elle n'en a l'air
XO-Manowar, Archer de la série Archer & Armstrong, Beta-Max et le détective Cejudo (vus chez Quantum & Woody) se succèdent, sous le contrôle de Neville Alcott, genre de barbouze tiré à quatre épingle, aux basques de deux hackers détenant un virus extraterrestre mortel

Si le scénariste Aleš Kot a décidé de nous amuser, il résout cependant son intrigue d’une manière presque originale, dans la mesure où il est assez rare que ses pairs aient recours à cette astuce. 
Une conclusion qui s'accorde néanmoins tout à fait aux fixettes susdites. On est donc à 1/2 surpris. [-_ô]
Les planches sobres mais très efficaces d'Adam Gorham
Tout cela s'enchaîne dans la bonne humeur grâce aux dessins d'Adam Gorham dont la lisibilité est presque un tour de force, mais une totale réussite.

Certaines des couvertures méritent également le détour dont celles de Raul Allen, particulièrement réussies, comme on pourra en juger ci-dessous :
.... En définitive Dead Drop offre une petite centaine de pages d'humour potache avec de vraies pépites dedans, sans être pour autant totalement décérébrée.
Aleš Kot capable d'écrire de la BD « prise-de-tête », est aussi à l'aise dans le registre de la comédie. Même si chez lui il y a toujours quelque chose de singulier, d'un peu zarb dans le burlesque. 
Adam Gorham, que je ne connaissais pas jusqu'à maintenant, a retenu mon attention. J'espère qu'il a aussi attiré celle des editors.

mercredi 14 juin 2017

ZERO (Aleš Kot et all.) Image Comics

Michael Walsh
…. Récit d’espionnage mâtiné d’anticipation Zero, bascule, vers son quinzième numéro (sur 18), dans la « Beat-lit » la plus radicale, selon un art de la perspective secrète plutôt bluffant. 

À l’instar d’un Dashiell Hammett se jouant de ses lecteurs en même temps que Sam Spade se joue de Brigid O’Shaughnessy dans Le Faucon Maltais, Aleš Kot avec Zero livre contre toute attente un scénario optimiste où l’enjeu n’est pas une énième aventure d’un simili James Bond très « grim & gritty », mais une réflexion sur la violence et sa propagation (et comment l’enrayer). 

Convoquant William S. Burroughs, la mémétique et une flopée d’artistes talentueux ; usant de la décompression narrative comme d’une arme diégètique à nulle autre pareille, et d’un designer iconoclaste (Tom Mueller), Zero est une maxi-série qui déroutera quiconque aime le confort ferroviaire d’un % important de la BD américaine. Je le sais, puisque j’aime aussi cette bande dessinée-là.
Tom Mueller
Zero n’est pas une histoire que l’on appréhende avec désinvolture, elle nécessite une participation importante de ceux qui la lisent. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne les désarçonnera pas pour autant. 

Zero est une illustration (possible) de l’injonction que fit Jack Kirby – il y a quelques années déjà – à un festival de bande dessinée où, en substance, il exhortait les auteurs à ne pas seulement voir la bande dessinée comme de la BD mais comme du journalisme.
Morgan Jesk
Si vous avez un point de vue sur la drogue, sur la guerre ou sur l’économie disait-il « vous pouvez l’exprimer plus efficacement avec de la bande dessinée qu’avec seulement des mots » mais personne ne le fait ajoutait-il. « La BD c’est du journalisme, mais aujourd’hui elle se limite à faire du mauvais mélo (soap). »
Robert Sammelin
Thème central de son scénario, la filiation (tout autant que l'art d'écrire) s’exprime aussi dans ce passage de relais entre l’un des plus importants créateurs du 9ème Art et l’une des révélations les plus prometteuses de ce début de millénaire. Inch’Allah !