mardi 17 janvier 2017

Séries en série (S01-E01)

- Sprinfloden : (S01 : E01+02) 

Un meurtre particulièrement horrible, sachant qu’ils le sont tous. 
Beaucoup de coïncidences qui font (trop) bien les choses. Reste que ces 2 premiers pisodes, à défaut d’être intéressants, m’ont rendu curieux. Un aspect qui s’ajoute à l’arrière-plan du scénario - le monde des sans-abris – le quel donne un tour un peu original à cette série policière suédoise. 

Scénario : 5 /10 
Télégénie : 5 /10 
Facteur d'hipstérie :  Néant

- Glacé : (S01 : E01+02) 

Série française que l’on peut aborder en charentaises, quand bien même elle se déroule dans les Pyrénées (en hiver). 
Un flic usé, un tueur en série au Q.I de surdoué, des victimes, de la rancœur etc., bref des dramaxes capable de mouliner de la diégèse à volonté. 
Sauf que pour sortir du lot du divertissement consumériste ça ne suffit pas toujours.
Joker : la magnifique et toujours élégante Zineb Triki (malheureusement très sous employée semble-t-il, compte tenu de son talent).

 Scénario : 4 /10 
Télégénie : 5 ,20/10 
Facteur d'hipstérie : Faut pas pousser

- Sherlock (S04 : E01+02) 

Série rococo où les ornements & le cabotinage (du rôle titre), jouent la partition d’habitude dévolu au scénario. 
Mais les places sont très chères lorsqu’il s’agit de cabotiner, et Toby Jones - dans le deuxième épisode de la quatrième saison – vole, devant un parterre de spectateurs ébahis, la vedette à Benedict Cumberbatch. Va-t-il finir derrière les barreaux ? 
Le suspense est très tolérable, & Mark Gatiss fait les gros yeux.

Scénario : o,5 /10 
Télégénie : 7,99 /10 
Facteur d'hipstérie : Côte stratosphérique

(À suivre ......)

lundi 16 janvier 2017

Les Nouvelles routes de l'Enfer (Ellis/Guice)

…. En 2001-2002 Warren Ellis écrit une histoire, dessinée par Colleen Doran, publiée sur la Toile (et toujours disponible : Pour en savoir +) intitulée Superidol
Cette histoire repose sur un concept de science molle, la mémétique, qui commence à faire parler de lui à peu près au même moment. 
Même si au demeurant l’idée de ce qui se voulait une approche révolutionnaire de l’étude de la culture, trouve son origine dans un essai plus ancien de Richard Dawkins (Le Gène égoïste/1976).

Pour résumer le mème est à la culture ce que le gène est à la nature. Le mème est pour ainsi dire le « gène » qui permettrait la transmission et l'évolution de la culture humaine.

Mème pas peur
…. En lisant les 6 numéros qu’écrit Warren Ellis entre 2005 et 2006 pour le compte de la collection JLA Classified (#10 à 15 traduits par Jérémy Manesse dans les DC Universe n°23 à 26/Panini) j’ai immédiatement pensé au livre d’Howard Bloom justement intitulé Le Principe de Lucifer (le run d’Ellis s’intitule fort à propos New Maps of Hell*) dans lequel ce Bloom explique sa vison de l’histoire au travers des mèmes et des superorganismes en un mot, au travers de la mémétique. 

Et pour cause Ellis fait lui-même allusion aux mèmes.
Le mème est une idée qui à l'instar de l’œuf de Samuel Butler utilise la poule pour se dupliquer.
Le mème lui se sert de nous pour le faire.
On peut dire que le scénariste anglais a de la suite dans les idées ou, l’illustration par l’exemple du concept même de mème (de Superidol à superorganisme) : artefact aut-répivateur. 
En plus d’utiliser un concept « scientifique » innovant (pour l’époque) et peu connu (et aujourd’hui tombé dans l’oubli ou presque, ce qui revient paradoxalement au même), le scénariste s’ingénie à travailler l’aspect formel de son scénario, celui-ci d’une simplicité enfantine incrémenté par un storytelling - aux tendances expérimentales – se transforme toutefois en une histoire que j’ai trouvée captivante, à l’atmosphère envoûtante. 

Un pour tous ! Tous pour un !
Texte et sous-textes prouvent que l’union fait la force ; pour un résultat dont la somme est bien supérieure à l’addition de ses parties, qui accessoirement est un parfait résumé de la forme que la JLA adopte dans cette histoire : une formidable équipe dont la victoire passe par la manifestation de l'esprit de groupe. 
Ou pour le dire à la manière de Proudhon, la JLA produit ce que ce dernier a appelé l'« aubaine ». 
À savoir, une force collective qu'aucun de ses membres ne pourrait exprimer seul, quelque soit le temps qu'il passerait à tenter de le faire.

Les dialogues – dont certains sont des marqueurs chronologiques d’une belle ingéniosité (voir les deux pages infra) – sont une des grandes forces de ce récit. 
Ils lui donnent un rythme, tout comme l’utilisation de la décompression, dont Ellis est devenu l’un des maîtres à nul autre pareilles, qu'une lecture d'un seul tenant est plus à même de rendre.
Le dialogue en question est celui de Green Lantern
.... Des concepts dont l’utilisation inédite (& collective) a réussi à me transporter aux antipodes de mes attentes. 
Si Ellis mouline les cartes d’une JLA envisagée tel un panthéon de nouveaux dieux à la Grant Morrison, il en fait une belle réussite pour ce run resté dans un relatif anonymat ; ce qu’il ne mérite sûrement pas.
Scénario : 8,5/10 
Dessin : 8/10 
Appréciation globale : Le Diable est dans les détails 
_________
*New Maps of Hell est aussi un ouvrage sur la science-fiction écrit par Kingsley Amis (ce que ne devait pas ignorer Warren Ellis) paru en France sous le sobre titre de L'Univers de la Science-Fiction.

dimanche 15 janvier 2017

The ATOMICS (Mike & Laura Allred) Organix Comics

…. Apparue entre la fin du XXe et le début du vingt-et-unième siècle (janvier 2000/novembre 2001), la série The Atomics de Mike & Laura Allred inscrit ses personnages dans une sorte d’âge d’or de la BD, où on appelait encore un chat un chat, et où aucun d’entre eux n’avaient encore fait la connaissance d’Erwin Schrödinger : chaque chose était à sa place et chaque place avait sa chose.
Lire les quatre premiers numéros (/15) de la série, qui ont été publiés dans l’Hexagone par Organix Comics (traduction de Joël Caron + Maquette et lettrage de d’Elodie Ant & Reed Man), c’est côtoyer des individus animés par d'éternelles passions : haine, vengeance, amour, soif de justice, dans un monde de science-fiction qui fleure bon les années 1950. 
Et ne pas voir dans ce groupe de misfits, des alter ego underground des X-Men - créés par Stan Lee & Jack Kirby - me semble assez difficile ; à moins de faire preuve d’autant de candeur que les membres des Atomics.
Réunis grâce au dramaxe* de la menace (ou supposée telle) qui nécessite un serment digne des Trois mousquetaires, le groupe qui deviendra The Atomics partagent aussi une inimitié commune envers Madman (personnage créé à l’aube des nineties toujours par Allred) qui fait pour le coup un d’Artagnan tout à fait acceptable. 
Les péripéties s’enchaînent avec une bonne humeur communicative, dans une ambiance très bohème ; et l’histoire se décante à la lecture comme un corps inerte au réactif chimique approprié.

…. J’avais déjà lu ces 4 numéros lors de leur parution il y a une quinzaine d’années, et les relire aujourd’hui m’a fait prendre conscience que les qualités que j’y avais trouvées y étaient encore. 

Mais attention ! 

Protégée d’un emballage métaphorique « longue conservation », The Atomics pourrait aussi avoir les vertus d’une madeleine©™ de Proust sur certains lecteurs de BD américaine.
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*Dramaxe : Unité de sens simple. Stéréotype de type idéologique cliché, axiome logique, etc. 
Produit du récit lorsqu’il est associé à d’autres dramaxes (Cf. Colas Duflo)

Scénario : 7,10/10 
Dessin : 7,20/10 
Appréciation globale : Le freak c'est chic !

samedi 14 janvier 2017

After WATCHMEN : THE BUTTON (DC Comics)

SPOILERS
.... À l'occasion d'une nouvelle relance de son univers bigarré tout autant que presque qu'octogénaire, l'éditeur étasunien DC Comics a, souvenez-vous en, laissé entendre que la maxi-série d'Alan Moore, Dave Gibbons & John Higgins intitulée Watchmen, et bénéficiant d'une immunité plus ou moins malmenée, aller rentrer définitivement dans le rang.

Le rang de l'univers principal d'encre et de papier de DC s'entend, régit comme on le sait par le sacro-saint principe de continuité qui veut que tous les comic books d'un éditeur qui accepte son égide forme un seul et même récit, global.

Ainsi, un événement qui se déroule aujourd'hui dans une des revues de BD de l'entreprise ne doit pas entrer en contradiction avec ce qui s'est fait il y a 70 ans dans des conditions similaires.
Si Batman s'est marié en 1947 - et si rien n'est venu contredire ce mariage - il l'est encore aujourd'hui. Et s'il divorce dans le Detective Comics du mois de janvier 2017, si dans le Superman du même mois le héros homonyme de la revue rencontre donc Batman, la conversation peut et devrait - vu leur liens affectifs - le mentionner.
Le principe de continuité oblige donc à une lecture diachronique et synchronique des revues qui l’acceptent.
C'est quoi cette bouteille de lait ?
.... Or donc, DC Comics via la Toile mondiale (et l'ami Jack en ce qui me concerne), a annoncé ses plans au sujet d'un badge connu entre tous trouvé fort opportunément dans la Batcave :
Les deux plus grands détectives de l'univers DC s'unissent pour enquêter sur le mystérieux smiley ensanglanté trouvé dans l'une des parois de la Batcave. Mais ce qui s'annonçait comme une simple enquête se révèle bien plus dangereuse lorsqu'une troisième partie ne peut s’empêcher d'intervenir ; et ce n'est pas quelqu'un auquel on peut s'attendre ! Découvrez la réponse à ce mystère qui tisse ses intrigues à travers le temps ! Le compte à rebours démarre ici ! 
Cette annonce m'a donné envie de coucher sur le réseau quelques idées que j'avais à propos de Watchmen et des conséquences d'une enquête qui sera laissée au bons soins de Batman & Flash promus pour l'occasion, plus grands détectives de l'univers qui les contient.
.... Beaucoup de choses ont déjà été dites sur la maxi-série Watchmen, j'ai pour ma part proposé une théorie à propos de la couleur du Dr Manhattan (Pour en savoir +), et le sujet semble inépuisable.
Et pour cause.

Cette fois-ci, manière de faire écho à The Button, c'est sous l'angle du roman policier que j'ai décidé d’envisager le magnum opus du magicien de Northampton et de ses acolytes.


…. En effet, Watchmen coche - selon moi - toutes les cases propices à en faire une lecture au travers de la grille du « roman policier métaphysique », dont voici une définition (qui n'est pas la seule à laquelle je me réfère mais qui est assez explicative) rédigée par Patricia Merivale & Elizabeth Sweeney :
Un récit policier métaphysique est un texte qui parodie ou détourne de manière subversive les codes du récit policier traditionnel – tels que la clôture narrative ou le rôle du détective en tant que lecteur de substitution – en vue ou du moins avec pour effet, d’interroger les mystères de l’être et de la connaissance au-delà du simple artifice de l’intrigue policière. Les récits policiers métaphysiques mettent d’ailleurs volontiers en avant cette transcendance du questionnement par le biais de l’auto-réflexivité, c’est-à-dire via l’utilisation de stratégies de représentation qui, de manière allégorique, soulignent les procédés de composition du texte. 
______________
Traduction d’Antoine Dechêne & Michel Delville 

La preuve par l'exemple (du moins quelques exemples parmi d'autres) :

Rorschach est un pastiche du privé hard-boiled dans le sillage d'un Race Williams et de ses successeurs.
Du reste, les Gardiens (alias les Watchmen) sont des avatars des super-héros de l’écurie Charlton Comics qui venait alors d’être rachetée par DC Comics :
L’enquête est un whodunit (kilafé) qui débouche sur un autre dessein. 
Autrement dit en paraphrasant William V. Spanos ; Moore suscite « un élan investigateur [..] pour ensuite violemment le mettre à mal en renonçant à l’élucidation du crime » alors que les enquêteurs se trouvent confrontés aux mystères insolubles de leur identité propre. 
Et à une autre énigme. 
Ici, même si on connaît le criminel, cela n’est d’aucun secours.  

L’aspect ontologique de Watchmen est patent, même si pour le coup les questions sont surtout relatives au genre « super-héroïque » (mais pas seulement)
L'arrière-plan répond à la question du Hibou, "The End", le "pale horse" et au centre de cette toile euristique :
Ozymandias
Watchmen est un récit méta-réflexif et auto-réflexif où l'utilisation de stratégies de représentation souligne de manière allégorique les procédés de composition du texte.

Vaste champ référentiel : citations en exergue, présence plus ou moins implicite de William S. Burroughs, H.P Lovecraft, Thomas Pynchon, William Blake, etc. (liste non exhaustive)
La BD dans la BD, mais aussi la référence à Burroughs (voir ci-dessous)

Avec par exemple, une transposition assez fine du « réseau Tristero » (du roman Vente à la criée du lot 49) qui est le système de communication utilisé dans le roman de Thomas Pynchon par des marginaux au travers des graffitis, d'inscriptions sur des fenêtres embuées, ou sur les trottoirs (voir infra & supra)
L'extraterrestre annonce celui d'Ozymandias
Absence de clôture narrative + circularité et mise en abyme :

Etc....... 

.... Bref, je me demande comment les scénaristes Tom King et Joshua Williamson les scénaristes en charge de The Button vont jouer leur partition dans cette nouvelle enquête ? 
Et surtout, s'ils vont oser être aussi métacognitifs que l'a été Alan Moore en son temps ? 
En tout cas, quoiqu'ils fassent il y a peu de chance que The Button exerce une « incidence rétroactive » sur Watchmen (l'un des aspects du polar métaphysique est de déclencher cette incidence) , laquelle selon John Gruesser : encourage à revisiter des œuvres antérieures selon des angles nouveaux. 

Mais je ne demande qu'à être surpris. [-_ô]

JERUSALEM (Alan Moore) : le blog

.... Claro, écrivain, traducteur, directeur de collection (je crois bien) est aussi comme on le sait maintenant, le traducteur attitré du dernier roman d'Alan Moore : Jerusalem (qui ne se déroule pas au Moyen-Orient et n'a rien à voir (?) avec ce qui s'y passe en ce moment, et dont les incidences sont mortellement perceptibles en Europe et dans le reste du monde). 

Sur son blog (Pour en savoir +), Claro publie les bans pour la naissance d'un autre blog consacré lui au roman de Moore, et à son propre travail de traducteur : Pour en savoir +, "sponsorisé" par les éditions INCULTE qui publieront l'ouvrage le 30 août 2017.
Je vous invite donc vous y rendre régulièrement, à en parler, à faire circuler l'adresse, etc. Ce site comporte plusieurs sections: vous y trouverez des articles de presse, des extraits traduits (pour l'instant, vous avez droit à un large extrait du premier chapitre), à des vidéos… et à un blog concernant la traduction en français de Jérusalem, blog que j'alimenterai régulièrement dès la semaine prochaine (en évitant les spoilers, rassurez-vous…) – quelques posts y figurent déjà, repiqués du Clavier Cannibale. En attendant que vous vous ruassiez (1) dessus, voici la présentation que j'ai écrite pour le Jérusalem d'Alan Moore : Pour en savoir +
C'est clair ?
.... Accessoirement, dans son 2722e numéro le magazine L'OBS  propose les « 17 » qui feront 2017, une sorte de palmarès culturel où, tenez-vous bien, apparaît rien moins qu'Alan Moore au travers de son roman à venir (en langue française s'entend voir supra). 

Il est classé à la treizième position (photo à l'appui), entre Franko un rappeur camerounais et Nicky Minaj une chanteuse trinidadienne :
(À suivre .....)

Marvel Universe n°4 (ILLUMINATI)

MARVEL UNIVERSE n°4 : Illuminati 
Trimestriel, 5,50 EUR, 112 pages 
• Traduction : Thomas Davier 
• Lettrage : Claudia Sartoretti 
« Les méchants gagnent tous les jours ... pourquoi pas nous ? » 
Comment les vilains de l'univers Marvel vivent-ils dans un monde où le ciel est constamment rempli de héros ? Que font-ils quand ils veulent changer de vie ? Qui se battra pour eux ? 

Hood croit qu'il pourrait être la réponse ; et pour atteindre ses buts il met sur pied une armée de méchants : Titania, le Penseur Fou, le Boulet (pas tip-top ce nom de code en français), la Fourmi Noire et l’Enchanteresse
(Contient les épisodes U.S Illuminati 1-5) + les numéros 6 & 7 (en anglais) que je rajoute dans mon commentaire©™ 
Sortie : le 16 août 2016
Spoilers
Crimes et petits mensonges 

…. Séduit par le sixième numéro de la série - que j’ai lu dans lors de ma lecture du crossover Avengers : Standoff (Pour en savoir +) - j’ai acheté le quatrième numéro du magazine MARVEL UNIVERSE de Panini pour lire les épisodes précédents qui y étaient regroupés. Je me suis aussi procuré le septième numéro (en anglais), pour compléter le run de Joshua Williamson, lequel clôture la série qui n’a manifestement pas trouvé suffisamment de lecteur outre-Atlantique pour perdurer. 

Ces 7 numéro ont été publié en recueil (tpb) aux U.S.A sous le titre de Life on Crime, une vie fort brève pour un titre qui pourtant n’a pas démérité à mes yeux.
…. Joshua Williamson utilise lors de son premier (et seul arc) une technique que feu Dashiell Hammett avait en son temps déjà utilisé - avec tout autant de brio - dans l’un de ses romans, le très connu Faucon Maltais (1929). 
Le rapprochement ce roman policier et la série Illuminati n’est pas anodin, puisque les membres de ce groupe de super-vilains, sous la férule de leur chef Hood, projettent rien de moins que de cambrioler [….. ] 

Tout comme Hammett*, Williamson entraîne les lecteurs dans la préparation d’un cambriolage et sa réalisation (là où l’écrivain hard-boiled les emmenait à la chasse au Dahu, pardon ... à la recherche d’une inestimable statuette), mais les ultimes pages du cinquième et dernier numéro contenu dans ce MARVEL UNIVERSE révéleront un tout autre dessein. 
Comme dans Le Faucon Maltais.
Si le scénariste prend le temps de 5 numéros pour conclure son histoire de cambriolage, les moyens dilatoires qu’il utilise fonctionnent très bien. Ils lui permettent entre autres de faire de ses personnages des individus, tout en proposant quelques détours par les inévitables affrontements qui font du genre ce qu’il est. Et tout inévitables qu’ils soient, ils ne sont pas traités par moins de conviction que le reste des rebondissements que Joshua Williamson n’oublie pas d’imprimer à cette aventure. 
Du reste si le « coup » est monté sérieusement, notre scénariste ne se prive pas de le raconter avec une certaine légèreté et beaucoup de fraîcheur. Ce qui donne d’ailleurs pas mal de poids lorsque le registre se fera plus … viscéral, disons.
Le dessinateur Shaw Crystal renforce cette ambiance de montagne russe, entre caricature et mise en page barok (sic), qui prête à sourire, et violence létale à laquelle il donne beaucoup de relief. 
Notamment par l’utilisation d’onomatopées qui expriment comme jamais qu’un bon dessin vaut mieux qu’un grand discours. 
John Rauch le coloriste, outre qu’il permet de conserver l’unité artistique de l’ensemble même lors du remplacement de Crystal par Kev Walker, donne de chouettes ambiances faites, elles aussi de contrastes.
Kiss Kiss Bang ! Bang ! 

…. Après ces 5 premiers numéros, le sixième comme je l’ai dit participe au crossover Standoff et s’en tire avec les mentions du jury (comme j’ai déjà eu l’occasion de le mentionner). 
Et le septième, solde les affaires en cours d’une manière certes brutale, mais pas pour les lecteurs qui ont suivi cette courtes mais fort sympathique & distrayante série. 

En effet Williamson, Crystal & Rauch réussissent à mettre un point final très élégant à leur série. Laquelle aura donné par ailleurs à un personnage une fort belle carrure psychologique, qu’il serait bien dommage d’oublier.

*Et avant lui Edgar Allan Poe dans son conte fondateur : Double assassinat dans la rue Morgue (1841) ____________________ 
Scénario : 7/10 
Dessin : 8/10 
Facteur de coolitude : 7,5/10 
Appréciation globale : Vivre vite, mourir jeune, et faire un beau cadavre (de papier)

vendredi 13 janvier 2017

Avengers : STANDOFF (fin)


Commentaire©™ certifié 100% spoiler 

…. Dans la chronologie (officieuse) du crossover Standoff que j’ai utilisée, le neuvième numéro de Captain America – Sam Wilson en est l'épilogue. 
Écrit par Nick Spencer – le « showrunner » de Standoff – et dessiné par Angel Unzueta ce numéro à l’acmé dramatique tout aussi extraordinaire que stupéfiant, vaut notamment pour les 6 planches qui remettent en selle Steve Rogers et surtout, confirment Sam Wilson dans son rôle (voir les planches numérotées 12 à 17, en comptant la page des crédits et du « previously on … », d’ailleurs toujours très soignée esthétiquement parlant). 

Le choix que fait Spencer est tellement too much que je m’attendais à voir, contrairement à ce qui s’y déroule, le mercenaire et ex-joueur professionnel Chance dire à Wilson : « Alors ça a marché ? » « Ils y ont cru ? » ou voir une lueur « Hail Hydra ! » s’allumer dans le regard de Rogers. (Pour le coup c'est surtout un pied de nez aux conservateurs de tous poils qui s'y allume) 

Cette séquence, qui par ailleurs est très efficace et dynamitement (sic) mise en scène, semble tellement incroyable, tellement sur-réaliste, même dans une bande dessinée de grande consommation comme celle-là, que j’ai mis du temps à m’en remettre. 

L’autre point que j'aimerai aborder, concerne la représentation de Steve Rogers dans son nouveau costume. 

Je n’avais jamais vu auparavant, un personnage masculin dessiné et cadré d’une manière à lui faire exprimer une telle charge érotique, dans une BD d'encapés grand public. 
La résille, placée - à cet endroit précis - sur son nouvel uniforme, accentue encore cette sensation. Les cases où apparaît Sam Wilson en tenue d’Adam, achèvent les derniers doutes : cette BD a un sex-appeal à nul autre pareil. 

Il est par ailleurs cocasse de constater que la plastique de Wilson est beaucoup plus mise en valeur que celle de sa partenaire. 
Contrairement à tous les usages d’une BD destinée, en priorité, à des adulescents mâles. [-_ô] 

Un épisode (encore) mené tambour battant qui ne ménage ni les surprises, ni le lecteur. L’équivalent séquentiel de la Pervitine© : impossible se s’arrêter de lire.
Ô Captain! My Captain!

Ordre de lecture proposé :
Avengers Standoff - Assault on Pleasant Hill Omega #01
Captain America - Sam Wilson #09
…. Le dernier numéro du crossover, intitulé : Avengers Standoff - Assault on Pleasant Hill Omega (un numéro au titre tellement programmatique qu’il peut – presque – nous éviter d’en lire le contenu) sonne le glas de Pleasant Hill & du projet « Kobik », ainsi que celui de mes espérances. 
Il est à lire avant Captain America - Sam Wilson n°9 (dont je parle supra), mais confirme ce à quoi je m’attendais depuis Avengers Standoff - Assault on Pleasant Hill Alpha #01 (c’est-dire le deuxième numéro du crossover) : Standoff est surtout une histoire dopée à la créatine de « série B », qui n’utilise les deux excellentes idées de son scénario que comme prétexte. 

Aussi rapidement faisons-nous la connaissance de Pleasant Hill que cette charmante banlieue est mise à feu et à sang. 
Le rôle de Kobik est tout aussi homéopathique. Bien que persistant, le rôle de ce personnage n'est que de la poudre aux yeux. Au lieu de développer ces deux excellents idées, les auteurs nous servent un long affrontement, certes ponctué de quelques belles idées, voire de très bonnes idées joliment traitées, mais de tout de même seize (16) épisodes. L'éternité c'est long, surtout vers la fin. 

J’ai notamment trouvé très frustrant de faire d’un fragment de « cube cosmique » (ce qui n'est pas rien dans l'univers 616 de la Maison des Idées) une simple petite fille dont le souhait est de ouvrez les guillemets : rendre heureux tout le monde. 
C’est dommage que sur un matériau aussi prometteur l’imagination de Nick Spencer n’accouche que de cette idée bien faiblarde. 
Il y avait pourtant matière à inventer là, un personnage extra-ordinaire, différent de l’approche anthropomorphique un peu désuète de cette science-fiction d’opérette que le scénariste-en-chef nous sert ici. 
Idem pour Pleasant Hill, quitte à inviter une source comme Le Prisonnier de Patrick McGoohan, ou l’ombre tutélaire de Philip K. Dick autant attendre un peu avant de raser la ville. 

Bref, Standoff me laisse un sentiment mitigé.
…. Plongé dans sa lecture, indéniablement le charme opère, mais une fois terminé, comme pour Cendrillon ce magnifique « carrossover » redevient la citrouille qu’il n’avait jamais cessé d’être en réalité (sic).

Lire Standoff c’est comme de visiter Interzone (de W.S. Burroughs) sous dramaxes*.
Mais lorsque ça se termine, si l’envie d’y revenir à tête reposée (si je puis dire) vous prend, un sentiment de vacuité risque de vous étreindre jusquà l'étouffement.

Une seule alternative : abandonner tout espoir ainsi que la lecture des fascicules illustrés de super-héros, ou y replonger derechef afin de faire disparaître cette vilaine sensation d’incrédulité qui ne manquera pas de vous titiller.

Ça tombe plutôt bien, les deux majors du secteur intensifient la périodicité bimensuelle de leurs revues. Le vide risque d’encore augmenter, mais il est rassurant de savoir qu’on pourra avoir sa dose plus souvent.

Scénario : 8/10 (en ) 
Dessin : 8/10 (en
Facteur de coolitude : 9/10 (en ) 
Appréciation globale : E pericoloso sporgersi 
______________
*Dramaxe, subst. masc. 
Stéréotype de type idéologique, cliché, axiome logique, etc. Unité de sens simple. Produit du récit lorsqu’il est associé à d’autres dramaxes (Cf. Colas Duflo)